2026-07-05

IBG Consulting aux Comores: des mentions répétées, des documents clés encore à vérifier

Premier signal, faible mais tenace : un même nom d’entreprise, IBG Consulting, revient dans des traces publiques aux Comores, tandis qu’autour gravite un chapelet de variantes patronymiques, Gouranna, Ibrahim C., Ibrahim Christian, Jean Christian, voire Josèphe Christian, qui apparaissent au fil des années dans des mentions médiatiques et des dossiers judiciaires. Pris isolément, chaque élément peut relever de la banalité administrative. Ensemble, ils posent une question de confiance publique : parle-t-on d’un seul et même acteur, ou d’homonymies que personne ne prend la peine de clarifier ?

Ce que l’on peut établir à ce stade tient en deux points, et seulement deux. D’abord, l’existence d’une fiche dans un annuaire d’entreprises comorien au nom d’IBG Consulting. Cette entrée indique une date de création déclarée en 2002, une adresse à Moroni et mentionne une accréditation renvoyant à un « Order No. 07/14 ». Ensuite, un fait judiciaire : un arrêt de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) daté du 27 janvier 2022, référencé comme Arrêt n° 020/2022, cite un certain Ibrahim Gouranna comme partie dans une procédure l’opposant à EXIM Bank Comores. Cette décision s’inscrit dans le prolongement de jugements rendus à Moroni, identifiés comme 11/14 et 12/14.

Le reste relève d’un terrain plus glissant : des citations et renvois secondaires qui, à ce stade, ne suffisent pas à établir des identités ni des responsabilités. Des articles évoqués dans les bases consultées, Africa Intelligence (2007), Habariza Comores (2011), La Gazette des Comores (2017), associeraient, selon les indexations disponibles, le nom IBG Consulting à différentes variantes « Gouranna » dans des contextes distincts : litige commercial, contentieux fiscal, rôle d’expertise auprès d’une banque. Problème : ces mentions, dans l’état des pièces accessibles ici, ne sont pas adossées à des documents primaires permettant de dire si ces prénoms et initiales renvoient à une personne unique, à plusieurs individus, ou à un mélange d’erreurs de saisie et de raccourcis rédactionnels.

La contradiction centrale est là : une même enseigne, IBG Consulting, est donnée comme accréditée par un « Order No. 07/14 », sans que le texte de cet acte soit produit, tandis que le nom « Jean Christian Gouranna » apparaît dans la fiche d’annuaire comme référence associée à cette accréditation, quand la décision de la CCJA ne parle, elle, que d’« Ibrahim Gouranna ». Or, sans extrait d’état civil, sans registre professionnel authentifié, sans extrait de greffe, impossible de relier ces points autrement que par intuition.

Les angles morts sont précis. Il manque le texte intégral de l’Arrêt n° 020/2022, et surtout les pièces de première instance à Moroni (11/14 et 12/14), seules à même de documenter l’objet du litige, les qualités des parties, les éventuels mandataires et la chronologie des faits. Il manque également l’acte d’accréditation « Order No. 07/14 » et, si l’on parle d’une activité d’expertise comptable, l’inscription correspondante dans un registre officiel daté et consultable. Sans ces documents, le public n’a accès qu’à des silhouettes.

Les voies de vérification, elles, sont claires. Les greffes de Moroni et la CCJA doivent permettre d’obtenir les décisions intégrales et leurs annexes. La Cour d’appel de Moroni devrait pouvoir authentifier l’« Order No. 07/14 » cité, son objet exact, son champ d’application et le nom exact de la personne ou structure accréditée. Enfin, un recoupement par registres (professionnels, commerciaux, éventuellement notariés pour des actes mentionnés dans certains renvois) est indispensable pour trancher la question des identités.

Plusieurs hypothèses de travail s’imposent, sans préjuger des réponses. S’agit-il d’un seul individu connu sous plusieurs prénoms, ou d’homonymes dont les parcours se croisent ? L’annuaire a-t-il agrégé des informations déclaratives sans contrôle, ou renvoie-t-il à une accréditation effective et documentée ? Les dossiers judiciaires mentionnent-ils des identifiants (date et lieu de naissance, adresses, numéros) qui permettraient enfin d’unifier, ou de séparer, ces noms ?

L’enjeu dépasse le simple jeu des patronymes. Aux Comores, où la traçabilité des accréditations et la lisibilité des rôles d’expertise pèsent sur la confiance dans les institutions économiques, l’opacité documentaire devient un fait politique. Qui délivre l’accréditation mentionnée ? Sur quels critères ? Quelle autorité contrôle l’usage public d’un statut d’expert ou de conseil ? Et, dans les contentieux bancaires et fiscaux cités, qui certifie l’identité exacte des parties lorsque les variantes de noms circulent d’un texte à l’autre ? Tant que ces questions restent sans documents à l’appui, IBG Consulting demeure moins un dossier clos qu’un test grandeur nature de la capacité des registres comoriens à dire, noir sur blanc, qui est qui, et qui répond de quoi.